La France vue par le Québec

Publié le par Gérard Declerck

Notre ami Gérard Declerck de Sherbrooke nous signale cette chronique de Normand Lester du 29 octobre dernier, intitulée " Les Français sont leurs propres pires ennemis."

vendredi 29 oct, 09 h 36

"Depuis quelques semaines, des millions de Français sont descendus dans la rue pour s'opposer à la gravité. Ils savaient parfaitement que leurs manifestations de grogne étaient absurdes et ne mèneraient nulle part, mais ils se devaient à eux-mêmes dans leur rage de casseur masochiste de vandaliser leur propre économie. Les manifestants ont défoulé leur frustration et leur dépit en incendiant des voitures (c'est un sport national) et en détruisant du mobilier urbain. Malgré tout, la gravité a gagné. La loi repoussant l'âge minimum de la retraite à 62 ans a été adoptée. Veux, veux pas, la France va aligner ses programmes sociaux sur ceux du reste de l'Europe. 

Ces crises de rage sont une particularité bien française. Elles ont accompagné depuis 200 ans toutes les étapes du déclin de ce qui était alors la première puissance de la planète, le centre culturel et intellectuel de l'humanité, le pays le plus riche et le plus populeux d'Europe. Aujourd'hui, la France est en perte de puissance et d'influence et peine à rester dans les dix premiers. Les Français sont les premiers responsables de leur propre déchéance.

La chute de la monarchie a marqué le début du crépuscule de se grand pays qui est incapable de se réformer et qui n'avance dans l'Histoire qu'à coup de révolutions. Les Français, sont passés de l'Ancien régime, à la Première république, à l'Empire napoléonien, à la Restauration, à la Monarchie de juillet, à la Deuxième république, au Second Empire, suivi de  trois nouvelles républiques et de  l'État fasciste de Vichy. Ça fait 11 régimes politiques (j'exclus les gouvernements insurrectionnels éphémères comme la Commune de Paris) pour 220 ans, soit un régime tous les 20 ans. Rares sont les pays,  même les républiques les plus bananières d'Amérique latine, à avoir connu une telle volatilité constitutionnelle. Pendant la même période, les deux pays que les Français passent leur temps à détester et à envier, les États-Unis et la Grande-Bretagne,  n'ont connu qu'une seule forme de gouvernement.

C'est quoi leur problème, vous demandez-vous?  Les Français ne se sont jamais remis d'avoir coupé la tête de leur roi. La fracture causée par la révolution dans les élites ne s'est jamais guérie. La vieille et irréconciliable opposition entre la droite et la gauche rend extrêmement difficile dans ce pays de faire primer le bien commun et l'intérêt national.

Ce qui est nouveau dans les manifestations des dernières années, c'est qu'elles sont essentiellement réactionnaires dans l'acception la plus précise du terme. On ne descend plus dans la rue pour revendiquer des droits, pour réclamer la Liberté, l'Égalité et la Fraternité, mais pour défendre des droits acquis. Pendant des générations la gauche syndicaliste  réclamait des changements sociaux. Aujourd'hui, elle exige le contraire: la préservation d'un système social intenable qui la favorise. 

C'est qu'en France comme au Québec, les syndicats regroupent maintenant surtout des membres de la petite bourgeoisie bureaucratisée, autant dans les administrations publiques que privées. Des ronds-de-cuir qui se travestissent en «travailleurs». Le syndicalisme est devenu un phénomène très majoritairement de  classe moyenne.

Peu importe que cela mène à la ruine des prochaines générations, tout ce beau monde veut conserver ses privilèges. On ne les cédera pas, en tout cas, sans un «baroud d'honneur». Une expression qui caractérise tellement bien  la mentalité de nos cousins français.

Comme disait de Gaulle, gouverner un peuple qui a plus de 300 sortes de fromages n'est pas une mince affaire."

Publié dans Vie Locale

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